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Centenaire de l'archevêché des églises Orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale

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Institut de Théologie Saint-Serge

La création et l’existence dans l’émigration russe d’une école théologique non pas élémentaire ni secondaire mais supérieure, née dans des conditions d’exil et qui a pu vivre pendant de nombreuses décennies sans le soutien d’un État ou d’une Église établie et puissamment organisée, est tout à fait exceptionnelle. Mais l’émigration russe, au sein de laquelle l’Institut a vu le jour était, elle aussi, un fait tout à fait exceptionnel.

A ses débuts, elle représentait une masse de quelque deux millions d’individus, dont près de la moitié était constituée par l’élite intellectuelle et culturelle d’un peuple nombreux, élite qui entendait garder et prolonger les traditions qui étaient les siennes hors des frontières de son pays, d’où l’avait chassée la grande catastrophe historique qui suivit la première guerre mondiale. L’un des noyaux les plus forts et les plus résistants au milieu de cette masse était l’Église orthodoxe.

Pour pouvoir survivre et continuer sa tâche, l’Église avait besoin d’une École Théologique. Mais à côté de ce besoin de poursuivre la formation d’un clergé orthodoxe, l’émigration russe des années vingt commençait à ressentir un vif intérêt pour des questions concernant l’Église et la théologie. Des cours de vulgarisation portant sur des problèmes religieux étaient organisés ça et là, notamment à Constantinople, à Belgrade, à Paris. Dans la capitale française, dans les locaux de l’Ambassade de Russie (c’était avant la reconnaissance en 1924 du Gouvernement des Soviets par la France), se tenaient fréquemment des séances au cours desquelles étaient présentées des conférences sur des sujets exclusivement religieux. Parmi le public très nombreux qui fréquentait ces séances, beaucoup exprimaient le désir de recevoir une formation théologique plus systématique.

En 1921, vint à Paris le métropolite Euloge, qui, à cette époque, avait son siège épiscopal à Berlin. Il donna sa bénédiction à cette initiative. On annonça l’ouverture du Cours Supérieur de Théologie Orthodoxe qui subsista de février 1921 à l’été de la même année. On se mit à envisager la création d’une École de Théologie dispensant un enseignement régulier.

Dans l’été 1922, profitant du passage à Prague du Dr John Mott , président de la Fédération mondiale des étudiants chrétiens, l’académicien P.B. Struve, assisté du père Georges Chavelsky et de A.V. Kartachev, lui remit une communication écrite faisant état de l’urgence qu’il y avait de créer pour la masse des émigrés russes une École supérieure de Théologie et soulignant également le fait que les conditions qui rendaient une telle entreprise possible, étaient bel et bien réunies. Quelques mois auparavant, à Shanghaï, le Dr Mott avait déjà reçu un projet analogue, que lui avait remis, venant du congrès des Étudiants chrétiens de Pékin, L.A. Zander, alors maître de conférences à l’Université de Vladivostok. Le Dr Mott, homme ouvert à de vastes perspectives, doué d’un charisme que l’on peut qualifier de prophétique, qui de plus avait été l’ami des évêques missionnaires russes Tikhon (le futur patriarche de Moscou et de toute la Russie) aux Etats-Unis et Serge au Japon, ne pouvait pas ne pas prendre à cœur un tel projet. Paris apparaissait de plus en plus comme l’endroit le plus adéquat pour cette école, car c’est là qu’en 1923 le métropolite Euloge établit son siège épiscopal.

En juin 1924, au congrès de l’ACER à Argeron, le métropolite Euloge, qui s’y trouvait, reçut la nouvelle lui annonçant que le Dr Mott mettait à sa disposition pour la fondation de la future École de Théologie une somme de 8000 $. Le mois suivant, le jour de la fête de saint Serge (5/18 juillet), grâce à la ténacité hors pair et à l’énergie de Michel Ossorguine, on achetait aux enchères publiques la propriété se trouvant au 93 de la rue de Crimée, dans le XIX° arrondissement, devenue depuis le « Serguievskoïe Podvorié » . Grâce à la somme reçue et à l’acquisition de ladite propriété, l’ouverture d’une École supérieure de théologie devenait chose réalisable. Pourtant, ceux qui avaient présidé à ses origines n’osèrent pas dans leur modestie lui donner l’appellation traditionnelle d’Académie; ils l’appelèrent Institut de Théologie Orthodoxe, en souvenir et comme continuation de l’Institut de Théologie Orthodoxe qui fonctionna à Petrograd de 1919 à 1921 après la fermeture par le Gouvernement soviétique des quatre Académies et de toutes les autres écoles théologiques.

Les demandes d’admission arrivaient par dizaines, principalement du centre de Prague, où s’était rassemblée la majeure partie de la masse étudiante émigrée de Russie. Mais les possibilités quant au nombre de ceux qui pouvaient être admis étaient nécessairement limitées, tant du fait du petit nombre de bourses que par l’exiguïté des locaux que l’on pouvait affecter à l’internat que l’on tenait à créer dans un contexte de nécessaires économies budgétaires et de priorité donnée à la formation religieuse des futurs candidats au sacerdoce. On n’avait pas encore d’idées très précises sur le niveau des postulants. Par ailleurs, les professeurs sollicités tardaient à gagner Paris. Au début de 1925 se trouvaient rassemblés seulement quatre membres du futur corps enseignant :

  • l’évêque Benjamin (Fedtchenkoff), qui avait été maître de conférences à l’Académie de Théologie de Saint-Pétersbourg et que le métropolite Euloge avait fait venir de Russie subcarpatique pour l’inspectorat et l’enseignement des disciplines dites «pratiques» (rubriques, homilétique, pratique pastorale, chant liturgique);
  • Serge Bezobrazoff (le futur évêque Cassien, recteur de l’Institut de 1947 à 1965), ancien professeur à l’Université de Tachkent, pour l’enseignement du Nouveau Testament, qu’il avait enseigné à l’Institut de Théologie Orthodoxe de Petrograd, et pour celui de la langue grecque;
  • Antoine Kartachev, pour l’Histoire de l’Église (ancienne et russe), l’Ancien Testament (partiellement) et l’hébreu;
  • Pierre Kovalevsky, pour l’enseignement du latin, du français et de l’allemand. On décida donc de commencer avec les étudiants déjà rassemblés (une vingtaine environ) un cours propédeutique.

Au début du Grand Carême l’église fut consacrée et l’on termina la remise en ordre des locaux. L’ensemble était pauvre, mais habitable. On s’éclairait non pas à l’électricité, mais encore au gaz, le matériel scolaire (tables, bancs, chaises, tableaux) était vétuste. Les cours commencèrent aussitôt après Pâques, le jeudi de la semaine de Thomas. C’était le 30 avril 1925, date qui est considérée comme le début de l’activité de l’institut. Pour que le métropolite Euloge, recteur de l’Institut, puisse être présent à ce commencement, on avait fixé le premier cours dans la soirée. A 5 heures de l’après-midi on célébra à l’église l’office d’actions de grâce pour le début des cours dans les écoles, le professeur Kartachev présenta la leçon inaugurale qui portait sur l’histoire de l’Église et traita, en particulier, le problème de la prédication de l’apôtre André chez les Scythes et des liens spirituels qui unissent ce disciple du Christ au christianisme russe. Les cours continuèrent sans interruption pendant tout l’été 1925. En automne on vit arriver à Paris et commencer leur enseignement des professeurs de grand renom :

  • le père Serge Boulgakov pour la théologie dogmatique,
  • Basile Zenkovsky pour la philosophie, l’apologétique et l’histoire des religions.

En octobre, après des examens qui permirent d’éliminer certains éléments faibles ou occasionnels, le cours propédeutique fut admis en cycle académique et on commença un enseignement conforme au programme d’une École supérieure de théologie. Les étudiants étaient enthousiasmés devant cette perspective. Le corps professoral accueillait de nouveaux membres et voyait s’accroître son autorité scientifique. Arriva de Berlin, pour aider le professeur Zenkovsky dans l’enseignement de la philosophie, V.N. Iljine, son ancien élève à l’Université de Kiev. Bientôt arrivèrent de Prague et prirent part à l’enseignement de l’Institut :

  • le professeur B.P. Vycheslavtsev, philosophie moderne et théologie morale.
  • Georges Florovsky, patrologie,
  • Léon Zander, logique et introduction à la philosophie,
  • Georges Fedotoff, hagiologie et histoire de l’Église d’Occident.

Michel Ossorguine enseignait les rubriques. Un peu plus tard, le corps enseignant comprit également de jeunes diplômés de la Faculté de théologie de Belgrade :

  • Nicolas Afanassieff, droit canon,
  • l’archimandrite Cyprien (Kern), liturgique, langue grecque, théologie pastorale, puis patrologie.

D’autres professeurs comme Constantin Motchoulsky (la pensée russe) et Vladimir Weidlé (histoire de l’art chrétien) enseignèrent aussi à l’Institut de façon régulière. L’œuvre accomplie par cette première équipe de professeurs dans la période de l’entre-deux-guerres, fut immense et plus que féconde sur le plan tant de la pensée religieuse que de la formation pastorale et des relations œcuméniques . Mais l’Institut sut également préparer une relève parmi ses propres étudiants.

La deuxième guerre mondiale faillit remettre en question l’existence même de l’Institut, mais il fut sauvé miraculeusement et put continuer son activité pendant les dures années d’occupation et de tourmente .

Après la guerre, l’Institut devint une école de théologie à la fois inter-orthodoxe et internationale tant sur le plan de ses effectifs que de son corps professoral. Il reçut des étudiants de toutes nationalités. D’anciens étudiants constituèrent peu à peu le corps professoral. A ces professeurs, issus de l’Institut Saint-Serge lui-même, et qui représentent non seulement la seconde, mais aussi la troisième et même la quatrième génération, sont venus s’adjoindre des personnes venues des universités françaises et étrangères.

Son œuvre continue d'être considérable. On peut en juger par les publications de ses professeurs, le nombre de ses étudiants sortis de ses murs et qui occupent dans l’Église des postes de toute première importance, le grand renom des Semaines d ’études liturgiques.